Source : ROCAJQ

20 mars 2026

Une approche qui freine les réponses aux crises et ne transforme pas leurs conditions de vie

Les derniers choix budgétaires du gouvernement François Legault limitent la capacité d’action de l’État en admettant l’existence de crises sociales majeures, mais sans proposer de solutions à la hauteur.

Si l’ensemble de la jeunesse subit la hausse du coût de la vie, les jeunes aux parcours de vie différenciés en ressentent les effets de manière plus marquée et plus structurelle. Pourtant, ici, les jeunes sont largement oublié·es des choix structurants, souligne le Regroupement des organismes communautaires autonomes jeunesse du Québec (ROCAJQ).

Le ministre des Finances, Éric Girard, a présenté ce budget comme «un budget responsable, centré sur les priorités des Québécois». Or, les choix effectués ralentissent les réponses aux enjeux et l’amélioration des réalités vécues par la population, entraînant des coûts sociaux et économiques qui risquent d’être beaucoup plus élevés à long terme. Derrière ce budget présenté comme responsable, il y a un choix d’austérité : des investissements qui n’augmentent pas au rythme des coûts réels, ce qui revient concrètement à des compressions.

Les mesures annoncées reconnaissent pourtant trois crises majeures : le logement, l’insécurité alimentaire et celle de la santé mentale et y consacrent des investissements de 46 M$ pour construire 1 000 logements, 21 M$ pour les banques alimentaires et 60 M$ pour des mesures en itinérance et en santé mentale. C’est cependant bien en dessous des 10 000 logements sociaux jugés nécessaires par le FRAPRU (Front d’action populaire en réaménagement urbain), pour ne citer qu’un exemple.

« Les investissements annoncés pourraient être salués, mais les besoins sont tellement criants. Les jeunes qui font la transition vers la vie adulte en 2025, 2026 ou 2027 font face à des trajectoires beaucoup plus difficiles, dans un contexte où l’accès à l’emploi se fragilise et où les services essentiels comme le transport collectif sont délaissés. Le filet social est en train de s’effriter », souligne la directrice générale du ROCAJQ, Noémie Roche.

Un manque criant de prévention

Le budget privilégie des réponses à court terme plutôt que des actions sur les causes des inégalités. Donner accès à de la nourriture est essentiel, mais il est encore plus fondamental de construire une société où les gens n’ont pas à dépendre des banques alimentaires.

Les sommes annoncées sont nécessaires, mais elles demeurent ciblées et ponctuelles, sans agir sur les causes structurelles : il ne suffit pas de répondre à l’urgence, il faut prévenir.

Logement, coût de la vie et insécurité alimentaire : une crise structurelle ignorée

Aucune mesure significative n’est prévue pour encadrer les loyers ou freiner la hausse du coût des biens essentiels. Pour répondre durablement à la crise de l’itinérance, il aurait notamment fallu investir dans des modèles de logement communautaire avec accompagnement souple, permettant de stabiliser les parcours, en plus d’investir massivement dans des logements sociaux.

Cette pression se traduit concrètement par une hausse de l’insécurité alimentaire chez les jeunes, sans que des actions structurantes soient mises en place pour garantir un accès stable et digne à l’alimentation.

De plus en plus d’entre eux doivent arbitrer entre se loger, se nourrir ou se déplacer. Ce budget échoue ainsi à répondre aux besoins de base des jeunes les plus précarisé·es.

Culture en éducation : une mesure à saluer, mais insuffisante

Certaines mesures méritent d’être saluées, notamment en culture — un secteur où plusieurs membres du ROCAJQ sont engagés. Le gouvernement annonce près de 220 M$ sur cinq ans pour maintenir le financement de la culture à l’école, des sorties scolaires et du soutien aux organismes culturels.

Ce réinvestissement constitue une mesure attendue et accueillie avec soulagement. Toutefois, cette annonce ne doit pas masquer l’ampleur du sous-financement structurel du réseau scolaire qui fait face à des enjeux majeurs, notamment en matière de ressources humaines, d’infrastructures et de soutien psychosocial. Présenter ce maintien comme un investissement significatif révèle un décalage avec la réalité du terrain.

Une reconnaissance du communautaire… sans moyen

Le rôle des organismes communautaires est réaffirmé, mais cette reconnaissance demeure largement symbolique. Le milieu est appelé à répondre à des besoins croissants, sans ressources à la hauteur, ce qui illustre une logique persistante de « parole sans moyens », particulièrement préoccupante à la veille d’une grève des organismes communautaires prévue du 23 mars au 2 avril par le mouvement Communautaire à boutte.

Le ROCAJQ dénonce notamment le maigre ajout de 20 M$ dans l’enveloppe du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC), soit environ 6 500 $ supplémentaires par organisme financé à la mission globale. Les besoins sont largement supérieurs : alors que le PSOC soutient près de 3 000 organismes rejoignant environ le tiers de la population québécoise, le rehaussement nécessaire est estimé à 1,7 G$ pour le secteur de la santé et des services sociaux.

Le communautaire joue pourtant un rôle central en matière de prévention. Par leur ancrage dans les milieux de vie, les organismes permettent d’intervenir en amont, de soutenir les parcours et de réduire les situations de rupture.

« Les organismes communautaires ne sont pas des suppléments ni des accessoires au filet social. Là où il est absent, ils le créent, le défendent et parfois le réparent. Ils comblent un vide qui ne devrait pas exister et, ce faisant, ils montrent où l’État doit agir. Et le ROCAJQ, avec ses membres, revendique cette reconnaissance pleine et entière », souligne Noémie Roche.

Un rehaussement significatif du financement à la mission globale des organismes communautaires jeunesse est nécessaire afin de leur permettre d’assurer un accompagnement continu, stable et adapté aux réalités des jeunes, en cohérence avec les revendications du mouvement de l’action communautaire autonome, notamment par l’application de l’indice des coûts de fonctionnement du communautaire (ICFC).

Au final, en refusant d’agir sur les causes structurelles, ce budget laisse intactes les conditions qui produisent et reproduisent les inégalités entre les jeunes. Ces conditions continuent ainsi de façonner les parcours de vie et accentuent les écarts plutôt que de les réduire.