Source : ROCAJQ

12 août 2026

Par Noémie Roche, directrice générale du Regroupement des organismes communautaires autonomes jeunesse du Québec (ROCAJQ) 

À l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, le 12 août, nous souhaitons attirer l’attention sur une jeunesse encore trop souvent invisibilisée dans nos politiques publiques : les jeunes aux parcours de vie différenciés. 

Au Québec, 1,57 million de personnes ont entre 15 et 29 ans. Derrière ce chiffre, 1,57 million de façons de devenir adulte. 

Pourtant, nos politiques publiques continuent trop souvent de penser la jeunesse à partir d’un parcours attendu : étudier, obtenir un diplôme, intégrer le marché du travail, atteindre l’autonomie financière et fonder éventuellement une famille. 

Mais que se passe-t-il lorsqu’un parcours ne rentre pas dans ces cases? 

Quand les parcours ne rentrent pas dans les cases 

Les organismes membres du Regroupement des organismes communautaires autonomes jeunesse du Québec (ROCAJQ) accompagnent des jeunes dont les expériences sont marquées par des ruptures, des transitions atypiques ou des obstacles qui ne dépendent pas uniquement d’eux et elles. 

Placement, itinérance, pauvreté, enjeux de santé mentale ou de dépendance, discrimination, parcours migratoires complexes : ces réalités peuvent se cumuler. 

Ces jeunes aux parcours de vie différenciés ne sont pas vulnérables en soi. Ils et elles sont vulnérabilisé·es par des conditions de vie et des systèmes qui peinent à répondre à leurs réalités. 

Et lorsque les jeunes ne correspondent pas aux trajectoires prévues, c’est encore trop souvent à eux et elles que l’on demande de s’adapter. Trouver le bon programme, répondre aux bons critères, recommencer leurs démarches selon leur besoin ou âge. 

Transformer les systèmes, pas les jeunes 

Après deux ans de réflexion et de consultation, notre premier cahier de revendications porte quatre demandes fondamentales : reconnaître la diversité des parcours de vie ; garantir des conditions de vie dignes et stables; offrir des parcours de soutien globaux, continus et adaptés; et assurer la pérennité, l’autonomie et la reconnaissance des organismes communautaires autonomes jeunesse. 

Car nous ne pouvons plus demander aux jeunes de construire leur avenir lorsque leurs besoins de base ne sont pas assurés et que les systèmes censés les soutenir deviennent eux-mêmes des obstacles. 

Un filet social qui montre ses limites 

Nous traversons des crises sociales et économiques qui aggravent les conditions de vie, particulièrement celles des personnes déjà marginalisées. 

Sur le terrain, les organismes communautaires jeunesse en voient quotidiennement les effets. Ils accompagnent les adolescents lorsque l’insécurité alimentaire s’installe ou que la détresse psychologique prend toute la place ; les jeunes adultes lorsque les démarches administratives ou l’accès aux services deviennent une barrière. 

Mais nous constatons que le milieu communautaire arrive lui-même à une limite. 

Le Réseau québécois de l’action communautaire autonome estime qu’il manque 2,6 milliards de dollars annuellement pour financer adéquatement à la mission globale les quelque 4 500 organismes d’action communautaire autonome. 

Au printemps dernier, plus de 1 800 organismes ont annoncé leur participation à une grève dans le cadre du mouvement Le communautaire à boutte. Le message était difficile à ignorer et pourtant pas tout à fait entendu : nous ne pouvons pas demander au communautaire de compenser les failles de notre filet social sans lui donner les moyens d’accomplir sa mission.  

Faire un choix pour la jeunesse 

L’ampleur des besoins appelle à investir dans la jeunesse et les réseaux qui la soutiennent mais aussi à faire des choix différents. 

Il faut investir davantage en prévention. Donner accès à du soutien aux adolescent·es « sur le fil », avant qu’une situation se détériore. Être présent·es auprès des jeunes adultes au moment où les filets de soutien s’amenuisent, plutôt que d’attendre la crise. Prévenir, c’est parfois éviter un décrochage, une éviction, une rupture familiale ou une détérioration de la santé mentale. C’est agir avant que les portes se ferment.  

C’est difficile à comptabiliser. Parce que les résultats se voient à l’échelle des parcours de vie, et pas seulement dans le nombre de services rendus enregistrés informatiquement. 

Et cela exige d’écouter les jeunes. Les besoins qu’iels identifient. Les objectifs qu’iels se donnent. Les chemins qu’iels souhaitent emprunter pour y arriver. 

Nos façons de soutenir les jeunes, de financer les services et d’en mesurer les résultats sont le fruit de choix collectifs et politiques. Nous pouvons en faire d’autres. 

En cette Journée internationale de la jeunesse, notre message aux personnes qui souhaitent gouverner le Québec est simple : ne demandez plus aux jeunes de rentrer dans les cases. Transformons les systèmes qui peinent à suivre leurs parcours et donnons aux organismes qui savent déjà s’y adapter les moyens de continuer à le faire.