Source : ROCAJQ
Le ROCAJQ salue l’annonce d’un investissement de 70,8 M$ pour renforcer les services en santé mentale destinés aux jeunes, ce qui inclut également les jeunes aux parcours de vie différenciés. Les besoins sont immenses et il est essentiel que des ressources supplémentaires soient consacrées à cette priorité.
L’annonce confirme également un constat que les organismes communautaires autonomes jeunesse portent depuis plusieurs années : les besoins des jeunes dépassent largement les interventions médicales et reposent, dans une très grande proportion, sur un accompagnement psychosocial, relationnel et de proximité. Or, ce travail est déjà réalisé, chaque jour, par des dizaines d’organismes communautaires jeunesse partout au Québec.
À cet égard, le développement du réseau Aire ouverte représente une occasion intéressante. Le ROCAJQ reconnaît la pertinence d’approches intégrées qui facilitent l’accès des jeunes à des services multidisciplinaires et qui réduisent les ruptures de parcours. Toutefois, leur implantation devra impérativement s’appuyer sur les ressources déjà présentes dans les communautés.
Dans ce contexte, le ROCAJQ s’interroge sur la place qui sera accordée aux partenariats avec les organismes communautaires et sur la part du financement qui leur sera destinée. Alors que plusieurs organismes subissent actuellement des compressions financières et peinent à répondre à la demande croissante, il ne sera plus possible de leur demander de soutenir gratuitement le déploiement de nouvelles initiatives. Une véritable approche de partenariat doit reconnaître leur expertise, leur contribution et les ressources nécessaires pour y participer pleinement.
« Les organismes communautaires autonomes jeunesse sont déjà implantés dans le tissu social, entretiennent des liens de confiance avec les jeunes et interviennent souvent bien avant que leur situation ne nécessite des services spécialisés. Avant de développer de nouvelles offres de services, il est essentiel de dresser un portrait des ressources existantes et de s’assurer que les nouveaux investissements viennent compléter ce qui existe déjà, plutôt que de créer des dédoublements. »
Noémie Roche, directrice du ROCAJQ
C’est aussi dans ce sens que le Regroupement a lancé son nouveau projet visant à mieux repérer et documenter les ruptures de services vécues par les jeunes aux parcours de vie différenciés. Intitulé Repérer, comprendre, agir, le projet permettra de créer des cellules régionales réunissant des organismes communautaires afin d’analyser les situations vécues par des jeunes confrontés à des ruptures de services. L’objectif est de mieux comprendre les obstacles qu’ils rencontrent, de documenter ces réalités et de proposer des solutions concrètes afin de leur offrir un accompagnement plus rapide et plus adapté.
Par ailleurs, si l’annonce constitue une avancée importante en matière de santé mentale, elle ne répond pas aux facteurs qui alimentent cette détresse. Les difficultés d’accès à un logement abordable, à un revenu suffisant, à un emploi de qualité ou à un soutien adapté pendant la transition vers la vie adulte demeurent parmi les principaux déterminants de la santé mentale des jeunes. Investir uniquement dans les services, sans agir sur ces conditions de vie, risque de limiter les effets recherchés.
Enfin, le ROCAJQ rappelle que les réalités des jeunes ne s’arrêtent pas à 25 ans. Pour de nombreux jeunes aux parcours de vie différenciés, la transition vers la vie adulte est aujourd’hui plus longue, plus complexe et jalonnée de ruptures. Plusieurs n’ont pas encore atteint une stabilité résidentielle, financière ou professionnelle à cet âge. Il est donc essentiel de réfléchir à la continuité des soutiens offerts après 25 ans afin d’éviter que ces jeunes se retrouvent à nouveau devant une rupture de services au moment où ils en ont encore besoin.
Pour le ROCAJQ, cette annonce représente une occasion de renforcer l’accompagnement offert aux jeunes, à condition que les investissements s’appuient sur les expertises déjà présentes dans les communautés, favorisent une véritable complémentarité entre les réseaux et s’attaquent également aux déterminants sociaux qui façonnent la santé mentale des jeunes.
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