Source : ROCAJQ avec RÉRAQ
Le ROCAJQ, regroupement national rassemblant une grande diversité d’organismes communautaires jeunesse aux approches alternatives, souhaite, à l’occasion des Journées des écoles de la rue, mettre en lumière cette approche éducative singulière et favoriser sa découverte auprès de ses membres. Comptant notamment trois écoles de la rue parmi ses membres, le ROCAJQ était en visite dans le Bas-Saint-Laurent auprès de deux d’entre elles, dans une perspective de partage, de reconnaissance et de circulation des pratiques.
C’est aux premiers jours du mois de décembre qu’avaient lieu les Journées des écoles de la rue. Pour cette 2e édition, le Regroupement des écoles de rues autonomes du Québec (RÉRAQ) qui a fêté ses 10 ans en 2024, a une nouvelle fois entrepris de faire connaitre l’action des écoles de rue via une campagne de communication, comme le souligne sa directrice, Nathalie Bergeron.
« L’idée des journées des écoles de rue c’était de mettre en valeur le travail de ce qui se passe au sein des écoles de rues et que cela soit connu par la population. Il y a ce modèle qui existe, qui est reconnu par le ministère de l’Éducation et qui fonctionne. Puis c’est aussi de reconnaitre les parcours qui sont faits à l’intérieur de ces écoles, mais aussi le travail des intervenants et des professeurs. »
Nathalie Bergeron, directrice du RÉRAQ
Le RÉRAQ, c’est près de 14 écoles de rues dans 7 régions du Québec. Un regroupement qui continue d’accueillir de nouveaux membres et de s’implanter dans de nouvelles régions.
Quelques chiffres :
- Sur l’année 2024-2025, ce sont près de 1211 personnes qui ont pu poursuivre leur parcours dans une des écoles de rue du regroupement.
- Prées de 3439 interventions pour assurer un accompagnement global de chaque personne
- Plus de 16 037 heures d’enseignement et près de 490 ateliers réalisés auprès des jeunes.
Un modèle trentenaire qui a fait ses preuves
Une méthode qui a fait ses preuves depuis les prémisses des premières écoles de rue dans le milieu des années 90 au centre-ville de Montréal avec l’école Emmett-Johns ou La Dauphine à Québec. Les écoles de rue ont été fondées pour accueillir ceux qui ne pouvaient l’être par le réseau régulier. Ces personnes aux parcours de vie différenciés étaient alors en situation d’itinérance et n’avaient pas d’adresse pour être rattachées à un centre de services scolaire ou à une commission scolaire.
Au fur et à mesure que d’autres besoins se faisaient sentir, d’autres organismes furent créés. Mais la mission est restée la même : accueillir des personnes venant d’autres réalités, et qui ne se retrouve pas dans le système d’éducation régulier, ni à l’école aux adultes.
C’est au début des années 2000 que le modèle des écoles de rue a été reconnu par le ministère de l’Éducation avec la création du PACTE Programme d’action communautaire sur le terrain de l’éducation. «Ce fut un gros boom», confie Nathalie, avec durant cette période la naissance de nombreuses écoles de rue dans la province, et plus seulement dans les métropoles comme à Drummondville, Victoriaville, Rimouski, etc.
«Les besoins sont sortis dans les réseaux. L’itinérance et d’autres problématiques n’étaient plus exclusives aux grands centres urbains», précise Nathalie. C’est aussi là que le profil des personnes qui fréquentent les écoles de rue a changé et s’est complexifié avec l’arrivée de nouvelles problématiques comme des problèmes de santé mentale ou la neurodivergence.
Apprendre à son rythme
Si toutes les écoles de rue ont leurs méthodes et leurs spécificités, elles répondent toutes à un même modèle, celui de ne pas se focaliser uniquement sur le parcours scolaire. Celui-ci est assuré par des professeurs prêtés par la formation générale aux adultes, qui viennent faire des cours de maths, de français ou d’autres matières.
Les intervenant·es travaillent également sur tout ce qui entoure l’école avec les différentes sphères de vie de la personne. Briser l’isolement, lui redonner une routine et raccrocher la personne sur ses passions. C’est notamment par le biais d’ateliers psychosociaux, de visites d’entreprises, mais également de sorties culturelles et de bénévolat ou de participation citoyenne dans la communauté que les intervenants réussissent à redonner confiance aux personnes et lui donner l’occasion de se découvrir à son rythme, sans échéance ou optique de performance.
En travaillant sur les traumatismes scolaires qui ont pu amener le ou la jeune à décrocher, les intervenants d’écoles de rue amènent ceux-ci à faire la paix et retrouver un sentiment d’appartenance.
Si la cause du décrochage est multifactorielle, certains profils sont actuellement plus représentés dans les salles de classe : « Ce que l’on voit actuellement au niveau du profil des personnes qui viennent, c’est vraiment la pauvreté. Ce sont des gens qui ont décroché, qui sont allés sur le marché du travail et ils se rendent compte qu’ils ne peuvent pas travailler au salaire minimum. Cela prend un diplôme. Il y a une volonté de vouloir améliorer sa qualité de vie. », précise-t-elle.
Avec de nouvelles écoles qui rejoindront prochainement le regroupement, le RÉRAQ entame cette nouvelle année avec de beaux projets, comme le développement de communautés de pratiques avec les intervenants, mais également la tenue d’atelier scientifiques offert pour les écoles de rue dont le point culminant sera la construction d’éoliennes pour la prochaine édition des Journées des écoles de la rue.
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