Source : ROCAJQ avec Agence Science Presse

4 novembre 2025

Tout d’abord, c’est quoi un ou une travailleur et travailleuse du sexe ?

Une travailleuse ou travailleur du sexe est une personne qui échange un service sexuel contre une rétribution. Celle-ci peut être financière ou non. Cela peut aussi par exemple être un échange de biens ou de services. Ce terme de travailleuse du sexe peut englober autant les sollicitations dans l’espace public mais également des actes sexuels qu’ils soit fait en ligne, dans un tournage de films pornographiques ou encore dans des établissements spécialisés comme les salons de massages, les bars ou les agences d’escortes.

Au Canada, il est difficile de dresser un portrait précis des travailleurs et travailleuses du sexe, mais une étude de 2014 financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), révèle qu’elles sont majoritairement des femmes, à hauteur de 77 %. Et qu’environ 55 % s’identifient à une diversité sexuelle.

La question que l’on peut légitimement se poser est : Pourquoi vaut-il mieux parler de travail du sexe que de prostitution ? Pour beaucoup, le terme de prostitution est chargé moralement. Il fait l’objet de beaucoup de stigmatisation liée à la criminalité, la déviance ou encore la corruption. Il est considéré comme rabaissant, marginalisant et est utilisé le plus souvent comme une insulte en ce sens.

Travail du sexe et exploitation sexuelle

Pour beaucoup d’organismes et de personnes dans l’industrie du sexe, en parlant de travail du sexe, on remet justement le travail au centre du débat. Cela sous-entend également que les travailleurs et travailleuses sont soumis à des devoirs mais surtout des droits comme tout autre travailleur.

Cela permet de discuter de cette activité avec des enjeux de droit du travail, comme le spécifie l’organisme Stella qui offre un soutien et de l’information aux travailleuses. Ces dernières ont droit de négocier les différents aspects de leurs services (contrat, tarifs, durée), de vouloir une meilleure sécurité au travail (comme ne pas être violentée, harcelée ou discriminée) mais également de militer pour une amélioration de leurs conditions de travail.

Le travail du sexe ou la prostitution ne doit cependant pas être confondu avec une autre thématique, celle de l’exploitation sexuelle. Les personnes qui pratiquent le travail du sexe ou la prostitution ne sont pas nécessairement exploité sexuellement, mais elles courent un haut risque d’en être victime, surtout en raison d’une dynamique qui peut évoluer dans le temps.

C’est ce qu’explique l’intervenante Marie-Manuelle Moya de l’organisme Projet Intervention Prostitution Québec dans un extrait de leur balado Les Nuanceuses, produit par l’organisme.

Nous, au PIPQ, comment qu’on voit ça finalement, si on en fait une image, on voit vraiment ça comme étant un continuum. Donc tu sais, on n’a pas une définition précise de pourquoi est-ce qu’une personne rentre, commence à faire de la prostitution, ce n’est pas précis. Voici la réponse, tu sais, puis c’est ça, on met ça dans une petite boîte, puis ça reste là, on le rappelle. Souvent la prostitution, c’est une dynamique, c’est quelque chose qui bouge, donc nous, on le voit comme étant un continuum avec 2 extrêmes fait que sur un côté, il y a la personne. Tu sais qui fait vraiment le travail du sexe, qui est autonome là-dedans, qu’on peut considérer que sont, si je peux dire ça de même, son niveau de consentement est à 100% ou presque, parce qu’on est dans un extrême, puis dans l’autre extrême, il y a la personne qui est carrément victimes de traite humaine qu’on appelle et qui finalement son niveau de consentement d’être dans cette situation-là est à peu près à 0.

L’exploitation sexuelle implique le fait qu’une personne profite de la faiblesse, d’un rapport de force inégal ou de la dépendance d’une personne pour utiliser son corps à des fins sexuelles ou en tirer un avantage. Cela peut être en faisant du chantage ou en parlant de dettes. Mais l’exploitation peut prendre bien des formes comme en mentant sur ses sentiments pour tromper la victime, en l’agressant ou en la séquestrant.

Lors d’évènement de grande ampleur par exemple comme c’est le cas pour le Grand prix de F1 organisé régulièrement à Montréal, des organismes soulignent l’augmentation du risque d’exploitation sexuelle, notamment chez les jeunes. Une situation qu’avait notamment dénoncé la mairesse de Montréal, Valérie Plante comme nous le montre cet extrait d’un reportage de Radio-Canada.

Les centres jeunesse avec leur clientèle vulnérable et les réseaux sociaux resteraient encore des lieux privilégiés par les proxénètes. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, souligne qu’il faut qu’une sensibilisation soit faite à l’année dans les bars, les hôtels et lors de festivals. « On aime ça faire la fête, mais on ne se réjouit pas, et on n’acceptera pas de la prostitution et de la traite des femmes. »

La loi canadienne et le travail du sexe

Selon, la loi canadienne, toute personne de moins de 18 ans qui effectue un acte sexuel, que ce soit volontairement ou non, en échange de faveurs ou d’argent, vit de l’exploitation sexuelle.

Depuis 2014, la loi canadienne encadrant le travail du sexe est la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes de l’exploitation. Cette loi, criminalise l’achat de services sexuels mais pas la vente. Fournir des services sexuels n’est donc pas illégal puisque c’est bien le fait de consommer, d’acheter ces services ou d’en profiter d’une quelconque manière qui l’est. Selon Statistiques Canada, de 2010 à 2019, soit les années durant lesquelles est entrée en vigueur la loi, le nombre de crimes liés au commerce du sexe déclarés par la police a diminué de 55 %. Toutefois Statistiques Canada note que cette baisse s’est produite en grande partie avant son application.

Selon une étude publiée en 2019 par le Center for Gender & Sexual Health Equity, 72 % des personnes travaillant dans l’industrie du sexe ne signalent aucune amélioration des conditions de travail depuis le passage de la loi de 2014. Au contraire, pour 26% d’entres elles, il y a même eu des changements négatifs de leurs conditions de travail. L’étude a révélé que la loi a même eu pour effet de réduire l’accès aux services de santé et aux services de soutien communautaires pour les travailleuses et travailleurs du sexe, mais également une augmentation de la violence envers les personnes immigrantes et racialisées qui travaillent également dans cette industrie. Soumis à l’interdiction de travailler dans l’industrie du sexe, les personnes migrantes qui exercent malgré tout cette activité se retrouvent dans une situation particulièrement précaire, car si celles-ci demandent du soutien, elles risquent de faire l’objet d’une enquête pour des violations liées à l’immigration, au travail du sexe ou même à des traites de personnes.

Ces décisions et cette loi ont eu un impact significatif pour les droits et obligations des personnes qui travaillent dans l’industrie du sexe. Encore aujourd’hui, la question du travail du sexe reste un débat de société. Des organismes, comme l’Alliance canadienne pour la réforme des Lois sur le Travail du Sexe, militent pour continuer dans le sens de sa décriminalisation, en le différenciant de l’exploitation. D’autres néanmoins prônent sa prohibition pour empêcher justement tout risque d’exploitation.

Pour une réforme vers plus de droits pour les travailleur·euses du sexe ?

Pour les groupes de défenses des droits de travailleurs de l’industrie du sexe, une réforme doit aller bien au-delà de l’abrogation des lois pénales et des lois sur l’immigration. Les pouvoir politiques doivent comprendre la véritable réalité des personnes travaillant dans cette industrie, en prenant en compte les différentes oppressions et stigmatisation qu’elles vivent au quotidien.

Néanmoins il faut rappeler comme nous l’avons dit précédemment que selon la loi, toute personne de moins de 18 ans qui effectue un acte sexuel, que ce soit volontairement ou non, en échange de faveurs ou d’argent, vit de l’exploitation sexuelle.

Depuis l’adoption de la loi, l’environnement a changé. Internet a entraîné d’importants défis liés à l’exploitation sexuelle, comme le démontre les données policières canadiennes. Selon ces données, de 2014 à 2022, le taux d’affaires  d’exploitation sexuelle en ligne (incluant, notamment, le leurre et la pornographie juvénile) a plus que triplé, passant de 50 à 160 affaires pour 100 000  enfants et jeunes par année. Si les plateformes et les forces de l’ordre arrivent à identifier de plus en plus rapidement les contenus issus de la pornographie juvénile et de l’exploitation sexuelle, celle-ci reste un enjeu majeur.

Cette capsule journalistique provient de l’épisode 1 du balado Bien plus qu’une story, disponible sur notre site web et sur Spotify.