Source : ROCAJQ avec la Coalition Interjeunes et le Collectif autonome des Carrefours jeunesse-emploi du Québec

1 octobre 2026

Le ROCAJQ a co-signé cette lettre ouverte, parue dans le Devoir du 1er octobre, et rédigée par la Coalition Interjeunes et le Collectif autonome des Carrefours jeunesse-emploi du Québec, aux côtés d’autres regroupements et mouvements du communautaire.

Les trois débats des chefs sont derrière nous. Le vote par anticipation aussi. Dans quelques jours, le Québec aura choisi son prochain gouvernement. Une question, pourtant, demeure sans réponse : quelle place les partis accordent-ils aux jeunes qui ont le plus besoin de soutien ?

Dans cette campagne, les partis rivalisent avec des promesses sur la guerre tarifaire avec les États-Unis, la réduction de taxes pour l’accès à la propriété, l’efficacité de l’État, la réduction d’impôts pour les PME, les infrastructures ou encore les mesures d’aide pour les personnes aînées. Ces enjeux sont importants pour le Québec et méritent l’attention des différentes formations politiques.

Les jeunes, eux, ont déjà parlé. En avril, la 9e Grande consultation jeunesse de la Coalition Interjeunes, qui cosigne cette lettre, réunissait une centaine de jeunes venus de 11 régions autour de ce qu’ils vivent à l’école. Au printemps, son enquête auprès de 396 intervenantes et intervenants jeunesse, issus de 292 organismes, observait l’aggravation de la précarité alimentaire, financière, résidentielle et liée à l’emploi. Et depuis le 12 août, sa caravane sillonne le Québec sous un mot d’ordre sans équivoque : pas de politique jeunesse sans les jeunes.

Ce n’est donc pas la parole des jeunes qui manque. C’est sa place dans la campagne.

La question se pose d’autant plus qu’on entend souvent que les jeunes votent moins. En 2022, seuls 54 % des 18 à 34 ans ont exercé leur droit de vote lors des élections provinciales. Mais pour qu’un jeune se sente concerné par une élection, encore faut-il qu’il se reconnaisse dans les enjeux débattus par les partis politiques. On parle souvent des jeunes comme « l’avenir du Québec ». Mais avant de leur demander de construire cet avenir, encore faut-il s’assurer qu’ils disposent des conditions et des services nécessaires pour avancer.

Les jeunes ne forment pas un groupe à part : ils participent déjà pleinement à la société québécoise, dans toute la diversité de leurs réalités, de leurs parcours et de leurs aspirations. Pourtant, depuis le début de la campagne, les engagements répondent encore trop peu aux réalités des jeunes en situation de vulnérabilité. Pour les inciter à voter le 5 octobre, il faut leur montrer que leurs préoccupations comptent, qu’elles méritent une place dans les débats et qu’elles seront prises en considération dans les décisions qui influenceront leur quotidien.

Les jeunes dont on ne parle pas

Mais de quels jeunes parle-t-on ? Des jeunes de 13 ans qui cherchent un lieu sécurisant où aller après l’école jusqu’aux jeunes adultes de 30 ans qui tentent de se faire une place sur le marché du travail.

Ce sont des jeunes qui veulent réussir à l’école, alors que près de 40 % de ceux et celles ayant été placés sous la protection de la jeunesse quittent l’école au cours de l’année suivant celle de leur majorité. Ce sont des jeunes qui veulent se loger et se nourrir convenablement alors que, selon une étude de l’Université de Montréal, 45 % des jeunes de 19 à 25 ans ont déjà vécu au moins un épisode d’insécurité alimentaire. Ce sont des jeunes qui veulent prendre soin de leur santé mentale, décrocher un premier emploi, s’impliquer dans leur communauté et avoir un adulte vers qui se tourner. Ce sont aussi des jeunes qui, dans une MRC comme celle de la Haute-Gaspésie, doivent quitter leur région à 17 ans pour poursuivre leurs études dans un autre endroit — sans logement, sans réseau et sans accompagnement —, d’où plusieurs reviennent avant la fin de leur première session.

Bref, ce sont des jeunes qui veulent simplement avoir leur chance. Cette préoccupation est légitime, mais elle ne répond qu’à une partie des réalités vécues par les jeunes, qui sont plusieurs à chercher d’abord à boucler leurs fins de mois et à obtenir le soutien dont ils ont besoin.

Des services en rupture

Ces jeunes ne peuvent pas construire leur avenir seuls. Ils ont besoin de pouvoir compter sur des services accessibles et adaptés à leurs besoins, surtout lorsqu’ils traversent une période difficile. Cependant, c’est souvent au moment où ils en ont le plus besoin que les ruptures de service se font ressentir.

Dans les écoles, le manque de professionnels en intervention psychosociale, en orientation ou en adaptation scolaire prive plusieurs jeunes du soutien dont ils auraient besoin pour persévérer et éviter qu’une difficulté ponctuelle se transforme en rupture de parcours. Et dans le réseau de la santé et des services sociaux, l’accès à des services adaptés aux réalités des jeunes demeure également difficile, particulièrement pour les enjeux de santé mentale.

Les organismes communautaires doivent de leur côté composer avec un financement insuffisant et pour certains peu flexible qui ne leur permet pas de répondre à la diversité et à l’évolution des besoins des jeunes. Pourtant, pour certains jeunes, ces organismes sont le dernier filet de sécurité avant la rue.

Pour les jeunes en situation de vulnérabilité, l’accès à ces services peut changer la donne dans leur parcours. Comment ces jeunes peuvent-ils surmonter leurs obstacles si les services dont ils ont besoin sont eux-mêmes difficiles d’accès, sous-financés ou interrompus ?

Des réponses aux jeunes

Les jeunes ne sont pas que des électeurs à mobiliser : ce sont aussi des citoyens à écouter et à inclure dans les priorités des quatre prochaines années. D’ici le 5 octobre, il ne reste que quelques jours aux formations politiques pour s’adresser directement à eux et présenter des engagements concrets. Nous leur posons trois questions :

Comment comptez-vous répondre aux besoins essentiels des jeunes ?
Comment comptez-vous éviter les ruptures de parcours, que ce soit dans les écoles, dans les organismes communautaires ou le réseau de la santé et des services sociaux ?
Comment comptez-vous faire une véritable place aux jeunes dans les décisions qui les concernent ?

Les jeunes attendent des réponses. Le 5 octobre, ils pourraient bien vous en donner une à leur tour.

* Ont cosigné cette lettre :

Coalitions Jeunes+ ; L’Institut du Nouveau Monde (INM) ; Mouvement Jeunes et santé mentale ; Regroupement des maisons des jeunes du Québec (RMJQ) ; Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage (ROCLD) ; Regroupement des écoles de rue autonomes du Québec (RÉRAQ) ; Regroupement des organismes communautaires québécois pour le travail de rue (ROCQTR) ; Regroupement des organismes communautaires autonomes jeunesse du Québec (ROCAJQ). Ensemble, les organisations signataires regroupent près 500 organismes jeunesse et accompagnent plus de 300 000 jeunes chaque année.