Source : Collectif pour un Québec sans pauvreté

15 mai 2026

Le ROCAJQ appuie cette lettre ouverte du Collectif pour un Québec sans pauvreté, publiée dans La Presse, et dénonce l’augmentation du coût de la vie et les disparités qui empêchent une partie de la population, comme les jeunes aux parcours de vie différenciés, à subvenir à leurs besoins essentiels.

Statistique Canada a récemment publié une série de tableaux sur la pauvreté et les inégalités socioéconomiques pour l’année 2024. Parmi les constats qui s’en dégagent, l’un retient particulièrement notre attention: tandis que certains ménages disposent de revenus suffisants pour satisfaire plusieurs fois leurs besoins en logement, alimentation, habillement, transport et services de communication, d’autres ont des revenus qui ne leur permettent d’en couvrir qu’une portion.

Ces fortes disparités entre les plus riches et les plus pauvres en matière de couverture des besoins de base apparaissent d’autant plus clairement depuis l’ajout, l’an dernier, d’un nouvel indicateur dans l’arsenal statistique de l’organisme fédéral. Appelé coefficient du panier, cet indicateur correspond au ratio entre le revenu disponible des ménages et les seuils de la Mesure du panier de consommation (MPC). Il exprime, pour chacun des déciles de revenu, le nombre moyen de paniers de consommation accessibles.

Mesure du faible revenu

Les seuils de la MPC indiquent le montant nécessaire – ajusté en fonction de la taille d’un ménage et de son lieu de résidence – pour couvrir un panier de biens et services réputé assurer un « niveau de vie modeste ». En 2024, ces seuils étaient de 24 622 $ pour une personne seule et de 49 244 $ pour une famille de quatre dans la région métropolitaine de Montréal.

Statistique Canada estime que 626 700 personnes au Québec, soit 7 % de la population, avaient un revenu disponible inférieur à ces seuils.

Certains groupes sont toutefois plus susceptibles de voir leurs besoins de base non comblés, notamment les personnes vivant seules (19,3 %) et celles vivant dans une famille monoparentale (25,2 %).

Ne pas pouvoir satisfaire pleinement ses besoins de base entraîne des conséquences graves pour les personnes concernées. Réduire la qualité ou la quantité des aliments consommés, vivre dans un logement inadéquat et subir quotidiennement le stress lié au manque d’argent mine la qualité de vie et compromet la santé.

Alors que la Charte des droits et libertés de la personne reconnaît le droit à un niveau de vie décent, et que la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale élève cette lutte au rang « d’impératif national », comment se fait-il qu’il y ait encore plus de 600 000 Québécois∙es dont les besoins de base ne sont pas comblés ? Serait-ce parce que le Québec n’en a tout simplement pas les moyens ? Pas selon les données de Statistique Canada.

Mesure de l’inégalité de revenu

En 2024, le décile supérieur (les 10 % les plus riches) pouvait se procurer l’équivalent de 4,57 paniers, tandis que le décile inférieur (les 10 % les plus pauvres) n’atteignait que 64 % du coût d’un panier. Pour rappel : un revenu inférieur à 75 % de la MPC correspond à une situation de « pauvreté économique extrême » selon la Stratégie canadienne de réduction de la pauvreté.

Selon Statistique Canada, il manquait environ 4,5 milliards de $ en 2024 pour couvrir l’ensemble des besoins de base des Québécois∙es, une somme représentant 2,5 % du surplus cumulé par les ménages dont le revenu permet de se procurer plusieurs paniers. Les surplus dont disposent les plus fortuné∙es pourraient combler cette part manquante, sans que le niveau de vie de ces personnes en soit véritablement affecté.

Pour la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le respect du droit à un niveau de vie décent constitue un « prérequis à l’exercice effectif ou réel de tous les droits et libertés de chacun ».

Or, les données démontrent qu’il y a suffisamment de ressources au Québec pour assurer un niveau de vie décent à chacun∙e. Cela indique qu’il est possible d’agir du côté des politiques publiques, d’autant que celles-ci favorisent déjà une meilleure redistribution de ces ressources.

Serge Petitclerc, Collectif pour un Québec sans pauvreté

Nathalie Guay, Observatoire québécois des inégalités

Janie Houle, Chaire de recherche sur la réduction des inégalités sociales de santé

Léo Berenger, Mouvement ATD Quart Monde